La rhubarbe
« Passez-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné »
Se faire des concessions mutuelles, se rendre service par intérêt.
Passez-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné », c’est se rendre des services mutuels, fermer les yeux l’un sur l’autre parce que chacun y trouve son compte. L’expression s’emploie souvent en mauvaise part, ou pour plaisanter. Et son origine se trouve dans une pharmacie d’autrefois.
Une affaire de médecins
La rhubarbe et le séné sont deux plantes purgatives, deux laxatifs très utilisés aux XVIIe et XVIIIe siècles. L’image est celle de deux praticiens qui s’arrangent : je te laisse prescrire ton remède, tu me laisses prescrire le mien. Molière se moquait déjà de ces accommodements entre confrères dans L’Amour médecin, en 1665. La formule est attestée chez Marmontel en 1761 et entre au Dictionnaire de l’Académie française au XIXe siècle.
Un remède venu de loin
Avant d’arriver dans nos tartes, la rhubarbe était surtout une racine médicinale, importée à prix d’or de Chine ou de Perse. Son nom le dit : il vient du grec rha barbaron, la « rha étrangère », passé par le latin puis l’ancien français rubarbe au XIVe siècle. Sa culture comme légume ne s’installe en Europe qu’au XVIIIe siècle, d’abord en Angleterre, avant que les Anglais ne la popularisent dans les desserts.
Un légume déguisé en fruit
Ce qu’on mange de la rhubarbe, c’est le pétiole, la longue tige qui porte la feuille. Botaniquement, c’est donc un légume. Mais on la cuisine presque toujours sucrée, en tarte, en compote ou en confiture, comme un fruit.
Attention aux feuilles
Les grandes feuilles de rhubarbe sont très riches en acide oxalique, ce qui les rend toxiques. On ne mange que la tige, jamais la feuille. Les jardiniers s’en servent plutôt en paillage au potager.
Côté potager
La rhubarbe est une Polygonacée, cousine de l’oseille et du sarrasin. C’est une plante vivace, qui repart chaque printemps de sa souche.

